Devant 40000 Français réunis aux JMJ de Lisbonne, Mgr Robert Barron, « Bishop Barron », a livré un discours remarqué sur notre vocation à devenir des apôtres. Voici la retranscription du discours ainsi que la video.

Bonjour à tous et à toutes,
Voir cette foule énorme, c’est un signe extraordinaire d’espoir pour l’église française et c’est une joie pour moi.
C’est une grande joie, mes jeunes amis, de vous parler à tous aujourd’hui et d’avoir l’opportunité d’exercer un peu mon français. J’ai été doctorant à Paris de 1989 à 1992. Je suis arrivé dans la ville lumière alors que la France fêtait le bicentenaire de la Révolution française. Mais je dois avouer que ce n’est pas la France révolutionnaire qui a captivé mon imagination mais plutôt la France des grandes cathédrales : Reims, Amiens, Beauvais et surtout Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Chartres. Ces merveilleux édifices nous parlent encore de l’aspiration de l’esprit humain vers le divin ; ils nous parlent de la Mère de Dieu, des anges et des saints et surtout de Jésus-Christ. Bien qu’elle ait comme tant d’autres pays d’Occident glissé vers le laïcisme et le scepticisme face aux religions, la France reste pour moi une sorte de force spirituelle, un témoin extraordinaire du Fils de Dieu.
Mes chers amis, les premiers versets du cinquième chapitre de l’Évangile selon saint Luc sur lesquels nous sommes invités à réfléchir nous présentent Jésus dans toute sa beauté et son défi. On nous dit que Jésus monta dans la barque de Pierre sans permission, sans y être invité. Il a simplement repris le navire et a commencé à donner des ordres. Pour un pêcheur galiléen du premier siècle, son bateau était sa vie, son gagne-pain. Donc le geste de Jésus est révélateur de ce que j’appellerai l’invasion de la grâce. La vie spirituelle commence non par nos efforts, nos réalisations, mais plutôt par un don de Dieu. Jésus veut être le seigneur de nos vies et cette souveraineté n’est pas oppressante. Au contraire, remarquez comment Jésus invite Pierre à abandonner les bas-fonds et à se diriger vers les eaux profondes : « Avance au large » lui dit-il (Lc 5,4).
Lorsque nous acceptons Jésus en tant que Notre Seigneur, nos vies sont améliorées et non pas diminuées et nous trouvons des richesses que nous n’aurions jamais imaginées possibles auparavant. Pierre et ses amis se retrouvent avec une telle prise de poissons que le bateau risque de couler (Lc 5, 6). De ce fait, la première étape dans la vie spirituelle, mes jeunes amis, est facile : laissez entrer Jésus, soyez comme Zachée lorsque Jésus dit à cet infâme percepteur d’impôts : « Zachée descends vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Lc 19, 16). Zachée ouvrit ses portes et laissa entrer le Seigneur.
Et cela nous mène à la seconde étape : avoir conscience d’être un pécheur. Remarquez que la première chose que Pierre fait à la suite de la pêche miraculeuse et de tomber à genoux et de confesser qu’il n’est pas digne : « Éloigne-toi de moi Seigneur car je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). Il ne s’agit pas de confesser ses péchés afin de recevoir le grâce mais plutôt le contraire : nous recevons la grâce et c’est à la lumière de cette grâce que nous prenons conscience de notre condition de pécheur. Saint Jean de la Croix compare l’âme à une vitre : lorsque aucune lumière ne brille sur le verre, il peut sembler relativement propre. Mais lorsque la lumière est concentrée dessus, toutes les tâches et imperfections y sont révélées. Il en est de même pour le domaine spirituel : ceux qui disent « je suis sans péchés graves » s’éloignent certainement de Dieu. Mais ceux qui comme Pierre disent « éloigne-toi de moi Seigneur car je suis un homme pécheur » sont illuminés par la lumière de la grâce. Je sais bien que notre culture aujourd’hui aime nous exonérer de la culpabilité. Les chansons pop nous répètent que nous sommes parfaits en tous points de vue et le message qui fait aujourd’hui l’unanimité est que nous ne devrions jamais nous sentir mal dans notre peau. Mais ne vous y fiez pas. Comme disait le grand écrivain anglais Chesterton : « Il y a en effet des saints dans ma religion mais un saint n’est qu’un homme qui se sait pécheur ». Et comme a insisté Josémaria Escriva : « Un saint est un pécheur qui continue d’essayer » (cf. Amis de Dieu no131).
Et cela nous amène à la troisième étape : prendre conscience que notre vie ne nous appartient pas. Jésus accepte la confession de Pierre mais il ne s’y attarde pas. Il invite plutôt à la mission : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras » (Lc 5, 10). Une fois que nous avons accepté Jésus comme Seigneur de nos vies et une fois que nous avons accepté notre péché, nous sommes prêts à être envoyés. Dans la Bible personne ne reçoit jamais une expérience de Dieu sans être immédiatement après envoyé. Pensez à Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Paul et Pierre : chacun d’eux a reçu une mission. Ces envois peuvent trouver mille expressions différentes mais ils se résument tous au fond à une même chose : devenir porteur pour les autres de la grâce que vous avez reçue. Que vous soyez appelés à enseigner, à prêcher, à guérir à prendre soin des pauvres, à accompagner les autres sur le chemin, à nourrir les affamés, vous êtes appelés à être des conduits de la grâce. Ainsi, jeunes amis, descendants de ceux qui ont bâti les grandes cathédrales, héritiers de la tradition spirituelle de la fille aînée de l’Église, vous avez vos ordres : laissez entrer le Christ dans la barque, confessez vos péchés et soyez prêts à partir en mission. Que le bon Dieu vous bénisse. Merci mille fois.
